La dominance faciale ne signale pas le QI

Philippe Gouillou - 21 septembre 2019 - http://www.evopsy.com/breves/dominance-faciale-qi.html
Tags : IQ, Status
Kordsmeyer et al. (2019) ont trouvé que la dominance faciale et corporelle est bien liée au statut, mais seulement quand celui-ci est acquis par la domination, pas par le prestige.

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Pourquoi les femmes des riches sont belles avait présenté la dominance faciale en tant que signal fiable de succès ultérieur et comment elle se distingue de la beauté :

Allan Mazur et Ulrich Mueller (1996) ont défini la dominance faciale comme « le degré auquel une personne est jugée en fonction de son apparence faciale en tant que dominant, autoritaire et leader, comme opposé à quelqu'un qui est subordonné, obéissant et suiveur ». Ils ont ensuite fait juger selon ce critère les photos d'entrée des cadets de la promotion 1950 de l'école militaire de West Point (États-Unis). L'avantage est que l'armée se construit sur une hiérarchie simple : il est facile de suivre la progression de chacun et de savoir qui réussit le mieux. L'étude a montré que ce critère de domination faciale était un indicateur fiable de la carrière future de chacun des cadets, c'est-à-dire que ceux dont les photos avaient été classées en haut de la pile sont en effet ceux qui ont ensuite le mieux réussi leur carrière, qui ont atteint les grades les plus hauts. La relation entre la beauté et la dominance faciale a été détaillée au cours de l'enquête et une liaison forte (malgré quelques « exceptions frappantes ») entre les deux critères a été trouvée chez les cadets. Les chercheurs ont repris cette étude sur les photos de la même promotion, 20 ans après. Là encore, la dominance faciale a été démontrée comme étant un bon indicateur de réussite mais ils n'ont pas retrouvé la corrélation avec la beauté.
Gouillou (2003, 2014)

Kordsmeyer et al. (2019) ont testé la fiabilité du signal donné par la dominance faciale et par la dominance corporelle au présent, c’est-à-dire pas sur la réussite future, mais sur les capacités à gagner un conflit, tant en force physique qu'en puissance cognitive.

Pour ce faire ils ont fait juger la dominance faciale et corporelle de 125 hommes par des observateurs extérieurs, et les ont testé à un test physique (le bras de fer) et trois tests cognitifs (QQQ). Et pour augmenter leur taux de testostérone, ils leur ont fait passer les tests sous la supervision d'une femme attirante, et leur ont demandé de noter cette femme pour une relation à court terme et à long terme.1

Les résultats sont sans appels, la dominance faciale comme la dominance corporelle :

  • Sont des indicateurs moyens de capacité physique
  • Ne sont pas des indicateurs des capacités cognitives

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Il faut donc en déduire qu'au cours de l'évolution la dominance s'est plus décidée sur des critères physiques qu'intellectuels...

Mais les auteurs remarquent (mise en gras ajoutée) :

Des travaux antérieurs ont suggérés des trajectoires différentes pour le statut, la dominance et le prestige (Cheng, Tracy, Foulsham, Kingstone, et Henrich, 2013). Le prestige est gagné par des individus qui possèdent des aptitudes et des compétences exceptionnelles telles que l'éloquence verbale ou l'intelligence, alors que la domination est basée sur les manifestations de menace et l'induction de la peur (van Vugt & Tybur, 2015). Par conséquent, dans notre étude, la victoire dans la discipline de la compétition physique serait davantage liée à la voie de la dominance parce qu'elle exige une force physique, alors que la victoire dans les disciplines non physiques indiquerait un prestige parce qu'elle est probablement augmentée par des capacités comme l'intelligence. Suivant ce raisonnement, nos travaux suggèrent que la dominance faciale et corporelle favorise davantage les comportements de quête de statut par la voie de la dominance que par celle du prestige, car ces traits prédisaient le succès dans les compétitions physiques mais pas dans les trois compétitions non physiques. Cela implique en outre que la domination faciale et corporelle peut renforcer les positions de statut dans les hiérarchies fondées sur la dominance, mais pas dans les hiérarchies fondées sur le prestige, ce qui correspond à nos conclusions. Au contraire, le succès dans les trois disciplines non physiques devrait exiger des compétences telles que la vitesse de réaction et l'intelligence fluide et prédire l'acquisition du statut par la voie du prestige plutôt que par celle de la dominance.
Kordsmeyer et al. (2019) page 82

Pour rappel, cette question des différences entre le prestige et la dominance au sein du statut était le sujet de la Lettre Neuromonaco 5 qui présentait l'étude de Halevy et al. (2011) :

Au travers de 3 études, Halevy et ses collègues ont trouvé que :

  • Etre généreux au sein de son groupe augmente son prestige mais baisse sa dominance (tels que perçus par les autres membres du groupe)
  • La contraposée est vérifiée : être égoïste augmente sa dominance (ce qu’ont remarqué les media) mais baisse son prestige
  • Etre généreux en dehors du groupe fait chuter à la fois la dominance et le prestige

Lettre Neuromonaco 5

Traduction de l'abstract

Des études récentes suggèrent que la dominance faciale et corporelle favorise les positions de statut élevé et prédit les comportements de recherche de statut tels que l'agressivité et la dominance sociale. Un contexte pertinent du point de vue de l'évolution dans lequel les associations entre ces signaux de dominance et les résultats du statut peuvent prévaloir est celui des concours de statut en face à face. La présente étude visait à déterminer si la dominance faciale et corporelle prédisait le succès dans les compétitions dyadiques (une discipline physique, le bras de fer et trois disciplines non physiques) chez les hommes (N = 125) dans un laboratoire contrôlé. Le corps et le visage des hommes ont été évalués indépendamment pour leur dominance physique, et les associations de ces évaluations avec les résultats du concours ainsi qu'avec des variables médiatrices et modératrices (comme la force physique, la taille du corps, la dominance des traits, la testostérone initiale et réactive) ont été examinées. La dominance faciale et corporelle prédisait positivement le succès dans la discipline physique, médiée par la force physique, mais pas dans les trois disciplines non physiques. Nos résultats démontrent que la domination physique du visage et du corps peut être un signal honnête pour la formidabilité des hommes et, par conséquent, leur statut potentiel, au moins dans un contexte de compétition physique.
Kordsmeyer et al. (2019)3

Références

Kordsmeyer, T. L., Freund, D., Vugt, M. van, & Penke, L. (2019). Honest Signals of Status: Facial and Bodily Dominance Are Related to Success in Physical but Not Nonphysical Competition. Evolutionary Psychology, 17(3). doi:10.1177/1474704919863164

Gouillou, P. (2014). Pourquoi les femmes des riches sont belles : programmation génétique et compétition sexuelle (3e ed., Préface : René Zayan). De Boeck. ISBN:978-2801117392

Halevy, N., Chou, E. Y., Cohen, T. R., & Livingston, R. W. (2011). Status conferral in intergroup social dilemmas: Behavioral antecedents and consequences of prestige and dominance. Journal of personality and social psychology. doi:10.1037/a0025515

Mazur, Allan & Mueller, Ulrich (1996). Facial Dominance, in Somit, A. & Peterson, S.(Eds), Research in Biopolitics, London, JAI Press, Vol.4, pp. 99-111.

Muller, U., & Mazur, A. (1997). Facial dominance in Homo sapiens as honest signaling of male quality. Behavioral Ecology, 8(5), 569–579. doi:10.1093/beheco/8.5.569

Liens

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Notes


  1. Les auteurs précisent :

    Traduction : Enfin, immédiatement après la conclusion du concours, on a demandé aux participants d'évaluer l'attrait de la femme supervisant (voir ci-dessous) à l'aide des questions "Je trouverais la femme supervisant attirante comme partenaire à court terme (p. ex. pour une aventure d'un soir)" et "Je trouverais la femme supervisant attirante comme partenaire à long terme (p. ex. pour une relation prolongée)" sur une échelle Likert à 5 points (allant de 1 ¼ pas beaucoup à ¼ beaucoup). Les deux éléments ont été agrégés pour obtenir une mesure moyenne de l'attrait des confédérations.
    VO : Finally, immediately after conclusion of the competition participants were asked to rate the female confed- erate’s attractiveness (see below) using the items “I would find the female confederate attractive as a short-term partner (e.g., for a one-night stand)” and “I would find the female confederate attractive as a long-term partner (e.g., for a longer relationship)” on a 5-point Likert-type scale (ranging from 1 ¼ not at all to 5 ¼ very much). Both items were aggregated to a mean measure of confederate attractiveness.
    Kordsmeyer et al. (2019) page 4

  2. Traduction depuis :

    Earlier work suggested two different routes to status, dominance and prestige (e.g., Cheng, Tracy, Foulsham, Kingstone, & Henrich, 2013). Prestige is earned by individuals who pos- sess outstanding abilities and skills such as verbal eloquence or intelligence, whereas dominance is based on threat displays and induction of fear (van Vugt & Tybur, 2015). Hence, in our study, winning the physical competition discipline would be more related to the dominance route because it requires phys- ical strength, whereas winning the nonphysical disciplines indi- cated prestige because it presumably is augmented by skills like intelligence. Following this reasoning, our work suggests that facial and bodily dominance promote status-striving beha- viors more via the dominance than the prestige route, as these traits predicted success in the physical but not in any of the three nonphysical competitions. This further implies that facial and bodily dominance may boost status positions in dominance-based but not in prestige-based hierarchies, which our findings are in line with. On the contrary, success in the three nonphysical disciplines should require skills such as reac- tion speed and fluid intelligence and predict status acquisition via the prestige rather than the dominance route.
    Kordsmeyer et al. (2019)

  3. Traduction depuis :

    Recent studies suggest that both facial and bodily dominance promote high status positions and predict status-seeking behaviors such as aggression and social dominance. An evolutionarily relevant context in which associations between these dominance signals and status outcomes may be prevalent are face-to-face status contests. The present study examined whether facial and bodily dominance predicted success in dyadic competitions (one physical discipline, arm wrestling, and three nonphysical disciplines) in men ( N = 125) in a controlled laboratory setting. Men’s bodies and faces were independently rated for physical dominance, and associations of these ratings with contest outcomes as well as mediating and moderating variables (such as physical strength, body height, trait dominance, baseline and reactive testosterone) were examined. Both facial and bodily dominance positively predicted success in the physical discipline, mediated by physical strength, but not in the three nonphysical disciplines. Our findings demonstrate that facial and bodily physical dominance may be honest signals for men’s formidability and hence status potential, at least in a physically competitive context.
    Kordsmeyer et al. (2019)