Comorbidité psychiatrique

Philippe Gouillou - 17 Janvier 2019 - http://www.evopsy.com/breves/comorbidite-psychiatrie.html
Tags : Psychiatrie
Une immense étude Danoise a mesuré la comorbidité des troubles psychiatriques sur presque 6 millions de personnes.
 

D'énormes études sont en cours pour essayer de mieux distinguer les maladies psychiatriques, et il est probable que prochainement des approches comme le DSM seront remplacées pour mieux intégrer les nouvelles découvertes (comme l'influence des microbiotes1).

Un des moyens d'y parvenir est d'étudier les comorbidités : si 100% des personnes diagnostiquées A étaient aussi diagnostiquées B, ne devrait-on pas associer A et B ? Et même si le taux est beaucoup plus faible, n'y a-t-il pas des éléments communs entre A et B qui pourraient modifier leurs classements ?

Plana-Ripoll et al. (2019) viennent de publier une telle étude sur presque 6 millions de Danois pour les 10 grands groupes de maladies psychiatriques.

L'étude concernait2 :

  • 5 940 778 individus dont 50,2% de femmes
  • Age moyen [écart type] : 32,1 ans [25,4]
  • Suivies sur 83,9 millions d'années-personnes

Et ses principaux résultats sont3 :

  • Toutes les maladies augmentent le risque de souffrir de n'importe laquelle des autres maladies
  • Les taux vont de 2,0% à 48,6% (Trouble du développement -> Handicap intellectuel)
  • Le risque est le plus grand pendant la première année suivant l'apparition de la première maladie
  • Il y a des différences sexuelles

De par sa taille l'étude est bien sûr très intéressante.

Les auteurs notent cependant 5 faiblesses à prendre en considération :

  1. L'étude ne s'est intéressée qu'aux paires de troubles (de prochaines publications présenteront les résultats d'études sur 3+ commorbidités)
  2. L'étude ne s'est intéressée qu'aux groupes de troubles, et pas à des troubles spécifiques (de prochaines publications s'intéresseront à certains troubles spécifiques)
  3. L'étude n'a pu étudier que les personnes en cours de traitement dans le système de soin secondaire, et pas ceux suivis par un médecin généralistes ou guéris, ce qui provoque un biais en faveur des versions les plus sévères des troubles
  4. L'étude s'est basée sur des diagnostics cliniques, et pas sur les critères généralement utilisés dans les recherches scientifiques
  5. Les résultats ne sont en l'état pas reportables directement à d'autres pays

Infographies

L'étude complète est en ligne (Open Access), et les auteurs ont aussi mis en ligne des infographies dynamiques à https://holtzyan.shinyapps.io/the-nb-como-project/ :

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Référence

Plana-Ripoll, O., Pedersen, C. B., Holtz, Y., Benros, M. E., Dalsgaard, S., de Jonge, P., … McGrath, J. J. (2019). Exploring Comorbidity Within Mental Disorders Among a Danish National Population. JAMA Psychiatry , 8210, 1–12. doi:10.1001/jamapsychiatry.2018.3658

Notes


  1. Voir sur ce site la section Microbiotes et Influences parasitaires 

  2. Extrait de l'abstract :

    "Design, Setting, and Participants This population-based cohort study included all individuals born in Denmark between January 1, 1900, and December 31, 2015, and living in the country between January 1, 2000, and December 31, 2016. The analyses were conducted between June 2017 and May 2018."

  3. Extrait de l'abstract :

    "Results All mental disorders were associated with an increased risk of all other mental disorders when adjusting for sex, age, and calendar time (hazard ratios ranging from 2.0 [95% CI, 1.7-2.4] for prior intellectual disabilities and later eating disorders to 48.6 [95% CI, 46.6-50.7] for prior developmental disorders and later intellectual disabilities). The hazard ratios were temporally patterned, with higher estimates during the first year after the onset of the first disorder, but with persistently elevated rates during the entire observation period. Some disorders were associated with substantial absolute risks of developing specific later disorders (eg, 30.6% [95% CI, 29.3%-32.0%] of men and 38.4% [95% CI, 37.5%-39.4%] of women with a diagnosis of mood disorders before age 20 years developed neurotic disorders within the following 5 years)."