Le "handicap" des femmes musulmanes

  

ABSTRACT :

Droit religieux ou compétition sexuelle ? Quel avantage apporte aux femmes musulmanes l’interdiction d’épouser un non musulman ?

9 mars 2003
http://www.evopsy.com/article96.html

 

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Compétition sexuelle
Société

 

Dans les pays musulmans, la religion se transmet par le père. "En conséquence" il est interdit à un non musulman d’épouser une musulmane [1], alors que l’inverse est tout à fait autorisé. Vue sous l’angle de la sélection sexuelle (Darwin, 1871) une telle loi est particulièrement avantageuse pour les hommes musulmans : c’est le gardiennage des femelles des chimpanzés institutionalisé chez l’homme. En interdisant aux femmes de chercher ailleurs, les hommes peuvent mieux imposer leur contrôle des activités reproductrices [2]. Une telle loi est d’ailleurs tellement défavorable aux femmes qu’on peut se demander quelles sont les circonstances qui les ont forcées à l’accepter.

On peut tout d’abord constater que de nombreux aspects du droit musulman de la famille s’analysent particulièrement bien par l’évopsy. Un exemple très clair en est l’article 23 du Code du Statut Personnel en Tunisie qui, même s’il est extrêmement moderne [3], confirme le rôle de l’homme en tant que pourvoyeur unique de ressources, qu’il est obligé de remplir même si sa femme travaille : "Il n’y a que l’indigence qui le décharge de cette obligation, mais si la femme est maintenue dans l’ignorance de cette indigence au moment du mariage, elle est en droit de réclamer le divorce aux torts du mari." (Dargouth Medimegh, 1992, p. 51)

Ensuite, il serait faux d’interpréter cette loi comme le signe que les hommes musulmans rabaissent les femmes musulmanes au niveau de toutes les autres femmes. La différence est essentielle : les premières sont respectées  [4]. Ainsi, traditionnellement, les femmes musulmanes s’épilent le sexe pour le mariage, et le conservent ainsi toute leur vie maritale (de moins en moins respecté), et on raconte que pendant les razzias, les guerriers musulmans soulevaient les jupes des femmes des territoires conquis, et ne violaient pas celles qui avaient le sexe épilé (signe qu’elles étaient musulmanes).

Il serait également faux de croire que ce sont les hommes qui imposent une telle loi et que les femmes ne font que la subir. Tout au long de l’histoire les femmes ont souvent été celles qui ont été les plus actives dans la mise en place de règles strictes [5], et on le retrouve aujourd’hui dans les tentatives de nombreuses femmes d’imposer à toutes le hijeb (voile islamique). Dans les faits, d’ailleurs, les femmes musulmanes elles-mêmes méprisent celles qui ne se marient pas avec un musulman.

Enfin, bien sûr, la loi n’est pas présentée telle quelle, comme une contrainte, mais comme une valeur de hiérarchie sociale. On apprend que seules les "femmes de ménages" (qui ont du mal à trouver un mari) épousent des étrangers : quelle femme "bien" voudrait se voir rabaissée au niveau d’une femme de ménage ? [6]

Et c’est peut-être ce dernier point qui est la clé. On se rapproche ici de la théorie du handicap [7] de Amotz Zahavi (1975). En restreignant le nombre d’hommes disponibles, cette loi augmente le niveau de la compétition sexuelle entre les femmes, et certaines y auront intérêt (d’autres, non). On peut comparer cela à un jeu : il s’agit d’un renforcement des règles qui ne bénéficiera qu’aux meilleures, un "handicap" en termes de golf. Et les femmes qui correspondent à la règle ont tout intérêt à dénigrer les autres, c’est-à-dire à lutter pour imposer la règle.

Est-ce la raison pour lesquelles les femmes ont accepté cette loi ? Certainement pas : de très nombreuses autres influences seraient à prendre en compte. Mais si cet aspect précis n’explique pas cette loi, il en constitue au moins une conséquence.

Bibliographie

DARGOUTH MEDIMEGH Aziza (1992), p. 61 Droits et vécu de la femme en Tunisie. L’Hermès - Edilis, Lyon, ISBN 2-85934-339-3

[1] "la Tunisie a ratifié sans réserve la convention de New York de 1962 sur les droits civils et politiques des femmes, stipulant le droit de la femme de choisir son époux sans distinction de race ou de religion. Or une circulaire du 1er Ministère de 1970 interdit à tout officier d’état civil de célébrer le mariage d’une Tunisienne musulmane avec un non musulman si celui-ci ne produit pas un certificat d’’islamisation’. Il est également interdit aux agents consulaires de transcrire de tels mariages célébrés à l’étranger sur les registres d’état civil." (Dargouth Medimegh, 1992, p. 61)

[2] Voir Geary, 1998 pour une revue détaillée des analyses de ces tentatives de contrôle chez les primates (humains ou non) et les autres espèces animales.

[3] Le C.S.P., promu par Bourguiba en 1956, a mis les droits de la Tunisienne au niveau de ceux de l’Européenne (sauf pour l’héritage), chose toujours unique en pays islamique.

[4] Par exemple une européenne venant en vacances en Tunisie est perçue comme une "putain". Il faut dire qu’on trouve beaucoup de femmes d’un certain âge qui n’y viennent que pour avoir des relations sexuelles avec le guide Tunisien (tourisme sexuel).

[5] Voir par exemple : Memsahib Power : Throughout western history, have white women been the primary agents of oppression ? (Bill McDonald - 1993) et The Ethics of Sexual Correctness and the Cass Case (Barry M. Dank, 1996)

[6] La société tunisienne est extrêmement hiérarchisée, et personne ne voudra faire un travail hors de son niveau hiérarchique précis (et c’est interdit par la loi du travail de le demander).

[7] Voir glossaire

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