Psychiatrie : l’hypothèse parasitaire

  

ABSTRACT :

Ces dernières années, une nouvelle approche de l’origine des maladies psychiatriques s’est développée : l’approche parasitaire. Fondée sur l’évolutionnisme, elle permet d’expliquer à la fois les surprenants ratios d’origine génétique et les symptômes communs entre des maladies différentes, et cela sans nécessiter la moindre remise en cause théorique. La validité de cette approche n’est pas encore prouvée, mais tout indique qu’il s’agit d’une piste de recherches prometteuse. Cette page en explique simplement les principes fondamentaux.

1er novembre 2004
http://www.evopsy.com/article127.html

 

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DOMAINES

Essentiel
Génétique
Psychiatrie

 

Principe

L’idée fondamentale est qu’au moins certaines maladies psychiatriques seraient dues à des infections parasitaires (virus, bactéries, etc.), c’est-à-dire qu’une dépression, une bipolarité, une schizophrénie, etc. s’expliqueraient et se traiteraient selon les mêmes principes qu’une grippe ou un rhume :

  1. Des agents infectieux existent dans l’environnement
  2. Un individu est ou non confronté à ces agents
  3. En fonction de son système immunitaire, et de sa forme physique et psychologique au moment du contact, il attrapera ou non la maladie, la développera plus ou moins, et mettra plus ou moins de temps à s’en guérir
  4. Des médicaments attaquant les parasites, comme des stimuli environnementaux renforçant le système immunitaire aideraient à guérir, ou au moins réduire, la maladie
Il faut noter que cette hypothèse parasitaire n’est pas neuve (ell avait été avancée à de nombreuses reprises au cours du siècle), mais les travaux de Paul Ewald et Gregory Cochran (entre autres) l’ont remise à l’ordre du jour au cours des années 1990s et 2000s.

Fondements :

Les études effectuées sur des jumeaux mono et dizygotes ont montré que les principales maladies psychiatriques présentent une origine génétique, mais que celle-ci ne suffit pas à expliquer l’apparition de la maladie. Par exemple, un jumeau monozygote d’un schizophrène a beaucoup plus de risques qu’un dizygote d’être aussi atteint, mais il ne le sera pas systématiquement : la génétique ne suffit donc pas à expliquer l’apparition de la maladie.

On constate de plus que les calculs de risques ne donnent pas de résultats simples : par exemple si un monozygote présentait exactement deux fois plus de risques qu’un dizygote de souffrir de la même maladie que son jumeau, on pourrait facilement déterminer quelle part provient de la génétique, de quelle part n’en provient pas. Si plusieurs gènes sont impliqués, alors le ratio ne sera pas de 1/2, mais le plus souvent on sait calculer un ratio démontrant la part d’origine génétique. Dans le cas de nombreuses maladies psychiatriques, ce n’est pas le cas. Parmi les hypothèses pour expliquer ces ratios (comme par exemple l’hypothèse qu’il faudrait non seulement prendre en compte le nombre de gènes impliqués, mais aussi leurs interactions avec d’autres gènes), l’hypothèse parasitaire offre l’avantage de la simplicité.

Selon cette hypothèse, si l’on reprend les 4 points précédents :

  1. Des agents infectieux existent dans l’environnement :
    ce sont les parasites au sens large (voir "Pourquoi les femmes des riches sont belles").
  2. Un individu est ou non confronté à ces agents : 
    Des jumeaux ont systématiquement plus de chances d’être confrontés au même environnement que des frères et soeurs non jumeaux du fait de la différence d’âge chez ces derniers. La différence entre les monozygotes et les dizygotes est donc réduite.
    Un changement d’environnement aide parfois à guérir (ou au moins réduire les symptômes)
  3. En fonction de son système immunitaire, et de sa forme physique et psychologique au moment du contact, il attrapera ou non la maladie, la développera plus ou moins, et mettra plus ou moins de temps à s’en guérir :
    Des monozygotes ont le même système immunitaire, contrairement aux dizygotes.
    Des monozygotes ont plus de chances de présenter à un moment donné le même état psychologique et physique.
  4. Des médicaments attaquant les parasites, comme des stimuli environnementaux renforçant le système immunitaire aideraient à guérir, ou au moins réduire, la maladie :
    Des médicaments sont efficaces contre certaines maladies psychiatriques
    Les psychothérapies présentent aussi une certaine efficacité

Donc, confrontés à un parasite, des monozygotes auront plus de risques d’attraper tous les deux la maladie, mais ce risque dépend de tellement de circonstances environnementales que le ratio obtenu n’est pas directement exploitable.


La maladie serait parfois la réaction immunitaire, pas l’infection parasitaire :

De même que la fièvre n’est pas provoquée directement par le virus de la grippe, mais par la réaction du système immunitaire, on peut se demander si une maladie psychiatrique ne serait pas due à la réaction du système immunitaire plutôt qu’au parasite en lui-même. Dans cette hypothèse, de même que la fièvre est un symptôme que l’on retrouve pour de nombreuses maladies causées par des agents infectieux différents, on peut s’attendre à trouver des symptômes communs à plusieurs maladies psychiatriques si celles-ci sont dues à des invasions parasitaires. Or, c’est exactement ce que l’on trouve (comme par exemple la dépression), et c’est même la cause d’énormes difficultés de diagnostic et de classement des maladies.


Arguments en faveur de l’approche parasitaire :

  • Le ratio dont nous venons de parler est un argument très fort en faveur de cette approche.
  • Le fait que la maladie serait en fait une réaction du système immunitaire permet d’expliquer les fortes ressemblances de symptômes entre de nombreuses maladies psychiatriques (qui posent de nombreuses difficultés de classement)
  • La bipolarité se soigne relativement bien par le lithium, dont l’effet principal connu est d’être antibiotique
  • Il y a plus de maladies psychiatriques dans les villes (promiscuité) que dans les campagnes, ce qui a provoqué une forte augmentation de certaines maladies (comme la dépression) au cours du siècle dernier en occident.
  • Le modèle parasitaire s’insère parfaitement dans l’approche évolutionniste et ne nécessite aucune remise en question théorique

Arguments en contre de l’approche parasitaire :

  • Aucun agent infectieux provoquant ces maladies psychiatriques n’a encore été trouvé
  • Pour expliquer que deux monozygotes vivant ensemble dans le même environnement n’attrapent pas la même maladie, il faut que ces agents infectieux soient difficiles à attraper, or les maladies psychiatriques sont assez répandues

Synthèse

Le modèle parasitaire repose donc sur une origine génétique indirecte des maladies psychiatriques : les gènes ne seraient pas directement en cause, mais ce serait les caractéristiques génétiques du système immunitaire qui le seraient. Cette hypothèse offre les avantages d’être simple, solidement inscrite dans les théories actuelles, et fortement explicative. Son développement est cependant extrêmement récent , et il reste beaucoup de recherches à faire pour la valider ou l’invalider pour chacune des maladies.

Pour en savoir plus :

Remerciements :

Cette page est fondée sur les explications fournies par Gregory Cochran (elle ne l’engage bien sûr en rien).

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