Trois systèmes neuraux différents pour la reproduction humaine selon Helen Fisher

  

ABSTRACT :

Traduction (avec autorisation de l’auteur) et version originale d’un mail du Dr Helen Fisher qui synthétise très clairement sa vision de 3 systèmes liés à la reproduction humaine, systèmes parfois mais pas toujours reliés entre eux : la pulsion sexuelle, l’amour romantique, et l’attachement.

26 septembre 2004
http://www.evopsy.com/article125.html

 

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DOMAINES

Compétition sexuelle
Essentiel
Hormones et phéromones

 

Présentation et commentaire :

Le mail traduit ci-après a été envoyé par le Dr Helen Fisher sur la liste Evolutionary-Psychology le 19 septembre dernier. Il m’a semblé être particulièrement clair, aussi je lui ai demandé (et ai obtenu) l’autorisation de le traduire et le publier sur ce site.

Son thème est la redondance [1] des systèmes nous incitant à nous reproduire : Dr Helen Fisher distingue trois systèmes, pas toujours reliés entre eux, liés à l’amour et à la reproduction : la pulsion sexuelle, l’amour romantique (qui correspond à ce que le Dr Dorothy Tennov avait appelé "limerence" en 1977), et l’attachement. Le fait que ces systèmes puissent être et ne pas être reliés entre eux augmentent la souplesse humaine et donc son adaptation à l’environnement.

Dr Helen Fisher m’a précisé que cette approche est développée dans son livre :

Why we love : The Nature and Chemistry of Romantic Love (2004, Henry Holt, New York)

Dr Helen Fisher est un des chercheurs les plus célèbres et les plus productifs en psychologie évolutionniste. Son site web est : http://www.helenfisher.com

Ci-après, ma traduction du mail, et sa version originale.

Traduction personnelle :

DE: Helen Fisher
DATE: Dimanche 19 septembre 2004
OBJET: [evol-psych] Re: "love" at first sight

J'ai  déjà  proposé  que  l'évolution  a  doté  les  humains  de trois
différents   réseaux   neuronaux   ou   systèmes  pour  la  séduction,
l'accouplement, la reproduction et le parentage : la pulsion sexuelle,
l'amour romantique et l'attachement. La pulsion sexuelle, c'est-à-dire
la  recherche  de  la  gratification  sexuelle,  est  associée avec la
testostérone  et  ses réseaux associés du cerveau chez les deux sexes.
L'amour   romantique,  qui  se  caractérise  par  l'extase,  l'énergie
débordante,   la   fixation   de   l'attention   sur   un   partenaire
d'accouplement  préféré,  les  pensées  obsessionnelles,  et  un désir
insatiable pour lui ou elle, est associé avec une activité plus élevée
de la dopamine, et probablement aussi avec des niveaux plus faibles de
sérotonine.   L'attachement,   les  sentiments  de  calme  et  d'union
émotionnelle  avec  un  partenaire  à  long  terme,  est  associé avec
l'ocytocine et la vasopressine, et leurs circuits neuraux.

Je  pense  que ces trois pulsions de bases ont évolué pour diriger des
aspects  différents  de la reproduction : la pulsion sexuelle a émergé
pour  motiver  les  individus  à  rechercher des rapports sexuels avec
plusieurs  partenaires  ; l'amour romantique s'est développé pour leur
permettre  de  focaliser  leur  attention séductrice sur le partenaire
préféré,   permettant   ainsi  de  conserver  l'énergie  et  le  temps
nécessaire  à  la  création  du  couple  ;  et  le  système  neural de
l'attachement  a évolué pour inciter les partenaires à poursuivre leur
relation  suffisamment  longtemps  pour  remplir les besoins parentaux
spécifiques  à l'espèce. De plus, l'amour romantique humain a évolué à
partir  d'un  système  neural  plus basique que j'appelle l'attraction
animale.  Il est bien connu que tous les oiseaux et mammifères ont des
préférences d'accouplement, d'où les termes préférence d'accouplement,
choix de partenaire, proceptivité sélective, favoritisme, etc.

Ces  systèmes neuraux sont souvent reliés entre eux. Par exemple, chez
les  humains, quand vous tombez amoureux, vous ressentez en même temps
un  désir  sexuel  intense pour l'être aimé. Il me semble que cela est
dû,   en   partie,   au  fait  que  la  dopamine  peut  déclancher  la
testostérone.  Ce  qui  est peut-être tout aussi important est que ces
trois  systèmes  neuraux  ne  sont pas toujours connectés. Vous pouvez
ressentir  un  attachement  profond envers un partenaire sexuel à long
terme  tout  en vivant une passion romantique avec un d'autre, et avec
des  pulsions  sexuelles  avec encore quelqu'un d'autre. En fait, vous
pouvez rester au lit et bsaculer d'un sentiment d'attachement pour une
personne  à la passion romantique pour une autre ; une commission gère
tout cela dans votre tête.

En  conséquence,  Homo  sapiens  est  capable  de  s'engager  dans une
"monogamie  sociale"  (et une "monogamie émotionnelle") aussi bien que
dans  un  adultère  clandestin,  ou  d'autres stratégies reproductives
opportunistes.  En  bref,  le fait que ces trois systèmes primaires du
cerveau  ne  soient pas liés nous permet d'être relativement flexibles
dans nos stratégies.

Néanmoins,  l'amour  romantique  existe  dans toutes les sociétés pour
lesquelles  nous avons des données. Et il s'agit d'une des expériences
les plus puissantes que l'animal humain peut vivre. Nous ne sommes pas
tentés  de  mettre  fin  à  nos  jours face au rejet d'une proposition
sexuelle,  mais  un  nombre  considérable  d'hommes  et  de  femmes se
suicident  quand  leur  amour  est  repoussé.  Je  pense  que  l'amour
romantique est un système profond du cerveau, et un développement, une
extension d'un système neural ancien des mammifères, l'attraction, qui
est  la  base  de  la  discrimination  du  partenaire  et  du choix de
celui-ci.

Version originale :

From: Helen Fisher
Date: Sunday, September 19, 2004, 7:33:18 PM (in UTC +0100)
Subject: [evol-psych] Re: "love" at first sight

===8<==============Original message text===============
<...>
I  have  proposed  elsewhere  that  humans has evolved three distintly
different   brain   networks   or   systems   for  courtship,  mating,
reproduction  and parenting: lust, romantic love and attachment. Lust,
the  craving  for  sexual  gratification, is associated primarily with
testoserone  and  related brain pathways in both sexes. Romantic love,
characterized  by  ecstasy, heightened energy, focussed attention on a
preferred  mating  partner,  obsessive thinking and craving for him or
her,  is  associated  with  elevated activity of dopamine and probably
also  with  low  levels of serotonin. Attachment, feelings of calm and
emotional  union with a long-term partner, is associated with oxytocin
and vasopressin and their neural circuits.

I  think these basic mating drives evolved to direct different aspects
of reproduction: The sex drive emerged to motivate individuals to seek
sex  with  a range of partners. Romantic love developed to enable them
to  focus  their courtship attention on preferred individuals, thereby
conserving mating time and energy. And the brain system for attachment
evolved  to  induce mates to sustain their relationships at least long
enough  to  fulfill  in  species  specific parenting duties. Moreover,
human romantic love evolved from a more basic brain system that I call
animal attraction. Its well known that all birds and mammals have mate
preferences,  hence  the terms mate preference, mate choice, selective
proceptivity, favoritism, etc.

These  brain systems are often linked. For example, among humans, when
you  fall  in  love, you regularly also feel intense sexual desire for
your  beloved.  This is, in part, I think because dopamine can trigger
testosterone. Perhaps equally important, these three brain systems are
not  always  connected.  You  can feel deep attachment for a long-term
partner  while  you  feel  romantic passion for someone else while you
feel  the  sex drive for still others. In fact, you can lie in bed and
swing  from  feelings  of  attachment  for  one individual to romantic
passion for another; a committee meeting is in progress in your head.

Hence  Homo  sapiens  is  able  to  engage  in  "social monogamy" (and
"emotional monogamy) as well clandestine adultery, as well as range of
other  opportunistic  reproductive stragegies. In short, the unlinking
of  these  three  primary  brain  systems  enables us to be relatively
flexible in our mating strategies.

Nevertheless, romantic love occurs in all societies for which data are
available.  And  it  is one of the most powerful experiences the human
animal  can  experience. We don't tend to kill ourselves if our sexual
advances are rejected, but a considerable number of men and women kill
themselve or someone else when rejected in love. I think that romantic
love  is a deeply imbedded brain system, and a development, a spin-off
from  a  durable brain system in all mammals, attraction, the basis of
mate discrimination and mate choice.

===8<===========End of original message text===========

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